Les idées n’apparaissent jamais telles quelles sur la page. Le plus souvent,
elles prennent le vêtement de la prose, et c’est ainsi habillées qu’elles se
transmettent à nous. Comment se fabrique la prose d’idées ? Ce livre imagine
qu’elle le fait selon deux grands modèles : l’anatomie et la confession.
L’anatomie dissèque et conceptualise ; elle classe les idées dans un espace
abstrait ; elle dessine des schémas, des arborescences, des typologies.
La confession se met à l’écoute d’un sujet irremplaçable ; elle situe les idées
dans une ligne temporelle inflexible ; elle chante l’harmonie du texte et de la
vie.
Leur opposition vient de la plus haute Antiquité grecque, quand la philosophie
se fâche définitivement avec la sophistique. Pourtant elles ne peuvent vivre
longtemps séparées. Aucune n’a la capacité, à elle seule, de contenir la vérité.
C’est en étudiant leur antagonisme que nous parvenons à comprendre par quels
chemins – et avec quel degré de radicalisme ou d’hybridation – les idées
deviennent essai, traité, critique, analyse, encyclopédie, témoignage, satire,
autothéorie…