"Cette langue je l'ai eue dans les mains dans le ventre dans le coeur, elle est
faite de toutes ces langues-téléphones, langues- inquiétudes, langues-secrets."
Claire-Selma Aïtout n'a pas appris à parler le kabyle, la langue de son père. Si
toutes les langues peuvent être des langues de l'amour, la sienne se construit
alors au travers des fragments d'une mythologie faite d'absences et de contes où
cohabitent les vivants et les morts, les guerres d'hier et d'aujourd'hui, et où
Télémaque attend le retour d'Ulysse au sommet d'une tour qu'il rêverait
d'habiter tout entière. Car comment parler d'amour dans une langue oubliée ?
Comment raconter son histoire quand les récits des autres viennent réécrire,
effacer ? Reste la poésie, langue bâtarde qui tord et qui délie, pour dire la
colère et la tendresse nées dans le creux des silences, et déraciner la
violence.