Poète né à Fiume devenue Rijeka, chantre de la frontière et de l’exil, Gino
Brazzoduro (1925-1989) exalte l’errance constitutive de notre existence, le
cheminement sans fin, ailleurs. Il n’est donc aucun retour, aucun rivage où
aborder, aucune Ithaque, qui nous soustrairait au courant puissant du devenir.
Les racines, à la vérité, nous accompagnent et nous suivent, de naufrage en
naufrage. Notre destination, alors, tient davantage de l’Atlantide, une chimère
ou un destin dont, jamais, nous n’atteindrons le lieu. Et en chemin, de part et
d’autre d’un détroit, nous accueillons l’autre, radicalement distinct de soi, et
qui invite à nous repenser comme étranger.