les biotopes-marie est la traduction du sixième recueil du poète norvégien
Casper André Lugg, mariabiotopene, publié en 2020. Casper André Lugg est
l’auteur d’une œuvre presque tout entière située dans l’espace de rencontre
entre l’homme et une nature qui apparaît autant comme un enjeu d’attention que
comme un terrain pour l’exploration d’une langue dans la langue, à travers
laquelle un autre rapport au monde est rendu possible. Partant de la brèche que
le langage opère dans notre expérience du monde, les poèmes qui composent les
biotopes-marie s’attachent à faire ressortir combien cette séparation nous rend
du même coup capables de nous rapporter à une transcendance au cœur du vivant,
dès lors qu’elle nous permet de ressaisir la dimension nécessairement partielle
de toute connaissance. En une poésie à la fois concentrée et relâchée, qui
tourne autour de quelque chose qui ne peut se dire directement tout en ménageant
des moments de grande évidence grâce à sa justesse prosodique, le livre trouve
dans la nature une pluralité de seuils pour rencontrer les formes de vie dans
leur irréductible altérité. Mais dans cette langue singulière, la nature en
vient aussi à fonctionner comme un espace figural, où se redonne quelque chose
de notre humanité, ouvrant un rapport à l’existence fait de disponibilité et
d’accueil, dans le prolongement de l’analogie avec le monde végétal tracée par
Simone Weil, dont la phrase suivante est reproduite au début du livre : « Il n’y
a qu’une faute : ne pas avoir la capacité de se nourrir de lumière ».