J’ai toujours rêvé d’une conversation ou d’un échange de lettres que j’appelle
abusivement “posthume”, après la mort non des amants mais de l’amour ou du moins
la séparation des corps et des mots. Comme je relis les lettres d’Emmanuel
quarante ans plus tard, j’ai cette impression qu’il me répond, qu’il me répond
aujourd’hui. Ces lettres enfermées, je les savais là dans une boîte mais j’avais
oublié leur contenu. Impression qu’il me répond malgré le décalage temporel et
celui de l’énonciation. Il dit “tu”, je dis “il”. Les rôles sont échangés. Notre
histoire est à deux voix. (F. de Laroque)