Cette suite de cent douzains en vers libres mesurés doit son titre aux deux
qualificatifs par lesquels un grand musicien antimoderne et compromis (le
pianiste Alfred Cortot) caractérisa des musiques modernes tenues pour
dégénérées. Le livre refuse de manière sèchement mélodiée les dérives qui ont
entraîné la sensibilité vers un projet de purification des décisions
artistiques. Un tel projet entrait dans un plus ample programme d’élimination
d’une partie de l’humanité au nom de l’humanité, comme il se produit dans les
guerres, et avec une affreuse radicalité dans le cas du national-socialisme.
Mais « la poésie, c’est la guerre », et ce mot de Mandelstam devrait hanter
chaque moment d’écriture du moindre poème, comme le mot de Shakespeare : « Tu
fuiras l’ours, mais si sur ta route se dresse une mer en furie, tu te
retourneras vers la gueule de la bête. »