À la croisée de la théorie queer et de la conception algorithmique se niche le
potentiel d’une intelligence artificielle fluide, non-linéaire et nourrie des
potentialités de l’erreur. Afin de démontrer les capacités présentes et
potentielles de ces « algorithmes queers », Guillaume Chevillon convoque une
multiplicité de sources allant des sciences sociales à l’économie, en passant
par les études queer et l’art contemporain. Dans ce texte radicalement
prospectif, l’auteur explore comment les algorithmes et les outils d’analyse de
données peuvent esquisser des chemins alternatifs pour les technologies à venir
en prenant en compte la diversité des expériences cognitives et physiques
propres aux êtres humains. Au cœur de cet essai figure l’importance cruciale de
l’acceptation de l’erreur comme moteur potentiel des outils de prédiction. Alors
que les algorithmes fondés sur des principes déterministes, normatifs ou
binaires ne sont pas suffisamment robustes pour atteindre leurs objectifs de
modélisation et de prédiction, cet économiste spécialiste de l’IA préconise une
approche systémique, nourrie des théories queers, pour repenser les algorithmes
et interagir avec eux. Algorithmes queers en appelle à un effort collaboratif
pour développer nos capacités d’action et repenser notre rapport à la
technologie, afin de permettre à cette dernière de mieux refléter la complexité
des identités humaines, mais aussi d’éviter les dérives et les prises de pouvoir
par quelques un·es, et enfin dessiner nos propres chemins.