L’Homme moderne a perdu le sens du bonheur. Gorgé des produits falsifiés de la
grande industrie, anesthésié par le culte des sensations fortes, rongé par une
fièvre d’activité, il en est venu à croire que le plaisir et la joie pouvaient
naître de la possession de biens en surabondance, ou de la satisfaction de son
besoin maladif de réussite et de renommée. À rebours de cette tendance de notre
civilisation, John Cowper Powys propose une nouvelle conception du bonheur comme
acte de la volonté : un exercice de l’esprit par lequel l’attention se concentre
sur les sens, dans une attitude réceptive face au monde. Il s’agit d’écarter de
notre conscience nos ennuis et nos tracas pour la focaliser sur ce qui nous
relie à la nature, aux animaux, aux plantes, aux nuages, aux roches mêmes, aux
mouvements calmes et répétitifs des éléments, jusqu’à atteindre la plénitude,
une sensualité pure, extatique et rêveuse. Dans cet essai aux accents lyriques
et révoltés, Powys ne propose pas seulement une critique de notre monde
mécanisé, artificialisé et déshumanisé, mais bien l’ébauche d’une nouvelle
culture, une nouvelle hiérarchie des valeurs où la contemplation primerait sur
l’action, où l’autonomie de l’individu l’emporterait sur l’instinct grégaire.