Il ne suffit pas d’attribuer une âme aux plantes et aux animaux pour soigner les
ravages de l’extractivisme. Encore faut-il élargir le spectre des non-humains
au-delà du visible. Dragons et êtres souterrains, lieux des rêves ou réalités
ultimes tiennent une place centrale dans les traditions vivantes qui peuplent
cette terre. Pour vraiment les écouter, il est temps de rompre avec toute une
série de présupposés qui encombrent l’anthropologie, à commencer par l’idée que
les « indigènes » demeureraient inconscients des structures qui régissent leur
vie collective. Afin de mettre en œuvre une « décolonisation des savoirs », ce
livre invite à assumer la part métaphysique de la pensée et du réel. Seul un
contact philosophique avec l’invisible, une pensée de ce qui se trouve au bord
des mondes, permettra une double critique féconde – aussi bien des limites de la
modernité que des traditionalismes qui s’exercent au nom de Dieu. Et s’il
fallait à nouveau visiter le ciel pour réhabiliter la terre ? Cet essai propose
une perspective novatrice qui bouleverse les lieux communs de la pensée
écologique et des sciences sociales.