Le recueil Basalte et Javel traverse le sens dans une sorte de dysfonction de la
machine symbolique (bien loin des recherches surréalistes). Il cherche par ce
biais à construire des poèmes a priori, c'est-à-dire qui n'ont de sens
qu'au-dedans de l'idée (non du concept), sans référence au monde réel si ce
n'est que pour mieux agencer le poème dans une parole parlée, but qui n'a de
référent qu'elle-même.
Ce qui frappe dans Basalte et Javel, en premier lieu, c'est sa force d'émergence
quasi paradoxale, parce qu'elle est à la fois affirmation et questionnement. Il
y a là, dans cette tension pleine de doute et d'incertitude, de belles
intuitions : « Mais je me pose la question / Parce qu'un texte ça doit se poser
des questions / En revenant un peu en arrière ». Ou encore : « Je sais que le
fort c'est de dire / Avec des forces que l'on a pas ». On perçoit une
sensibilité en éveil, encore frémissante, qui trouve peut-être son expression la
plus sincère lorsque le poète évoque la « mère lorsqu'elle a bu ». Aussi quelque
chose comme une rage douloureuse, fiévreuse plutôt, mais très nécessaire, qui
cherche et trouve sa voie (et sa voix) dans l'écriture. Ainsi, oui, il semble
bien que rien de ce qui est humain ne lui soit étranger.