Avec ses amis Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, Léon Gontran Damas est
considéré comme le troisième "père fondateur" du mouvement de la négritude.
L'oeuvre poétique de Léon Gontran Damas exprime, clame, revendique un profond
sentiment d'appartenance raciale, mais sans éclats lumineux ni accents
triomphants. Le malaise existentiel de l'être noir est ici un mal-être torturant
qui ne connaît de répit que dans la dérision et la lucidité conquise d'une
parole directe, en crochets courts et uppercuts dirait-on, puisqu'elle adopte
souvent un rythme de boxeur au combat. Black-Label, le long poème lamento de
Damas, est devenu au fil des ans comme l'hymne blessé de l'âme nègre. Là, les
désirs, les frustrations, les errements de l'âme d'Afrique surgissent en
plaintes, chansons, rêveries et révoltes. Les mots qui déferlent chez Damas ont
un goût de sang fauve, une pulsion de sang noir qui mêle la fureur au
désenchantement.