"Bruit gris" est le résultat d'une recherche fictionnelle qui s'est solidifiée
sous la forme d'un poème : un texte hybride qui a dévoré le récit, en a fait
fondre la structure pour révéler le squelette d’un réel au bord de l’explosion.
Dans un dérèglement du monde à bas régime, il y a des faits tangibles et des
notes fantômes. La dette grecque et la crise des subprimes, les algorithmes à
haute fréquence et la neige des écrans de télévision ; l’affaire dite de «
Tarnac » et la violence d’état, l’émergence des GAFA et le modelage silencieux
des existences. Des aiguilles qui s’affolent et des voix qui se taisent. Montage
obligé, comme l’expliquait déjà Serge Daney dans les années 80. Obligation de
coller pêle-mêle des faits, des images – des gifs grimaçant et des symboles
historiques – afin d’extraire quelques signes pouvant servir de carte ou de
boussole."Bruit gris" formule, en creux, une théorie de l’événement (ou de son
déclenchement), comme un sismographe mesurant la taille des fissures jusqu’au
moment où ça lâche. Où la terre tremble. Où le corps s’effondre. Où l’ordre du
discours implose.À la fin que reste-t-il ? Une mélodie qui grésille sur un
haut-parleur au fond d’une galerie commerciale ? Une radio mal réglée, qui
diffuse des nouvelles du futur ? Un manifeste révolutionnaire lu à l’envers ?
"Bruit gris" est son égalisation : l’interprétation de certaines ondes, la
diminution ou la soustraction d’autres fréquences.