Publié une première fois en 1915, Cathay est un objet littéraire singulier. Il
s’annonce dès le long titre que porte sa couverture comme une traduction du
chinois d’après plusieurs sources, dont les notes du sinologue Ernest Fenollosa
dont Pound avait été très proche. Pound accède donc aux textes par le biais de
traductions partielles, ce qui lui permet d’acquérir une grande liberté
relativement aux poèmes originaux, si bien que ses traductions deviennent plutôt
des re-créations poétiques.
On retrouve en effet dans la version qu’il donne de ces antiques poèmes chinois
les préoccupations qui sont celles de l’avant-garde littéraire anglo-saxonne
dont Pound était un des porte-parole les plus écoutés. Cathay devient de ce fait
un manifeste de «l’imagisme», ce mouvement qui prônait une expression poétique
débarrassée du pathos romantique, proche de la sensation et attentive à la
retranscrire le plus précisément possible. Ainsi que le souligne la postface
d’Abigail Lang, Cathay a une influence déterminante sur l’évolution du langage
poétique dans les premières décennies du XXe siècle. La langue de Cathay, son
économie et sa précision, la rigueur de ses images en font un recueil dont
l’actualité ne se dément pas.