L'iconographie de saint Georges est fascinante, pour sa diffusion dans le monde
chrétien - oriental puis occidental- comme pour sa plasticité extrême, son
inventivité figurative toujours renouvelée. Au-delà du jeu habituel entre
personnages du récit (le chevalier, la princesse, le dragon) et attributs
récurrents (la lance, la croix ou la gueule animale), cet essai vise à ouvrir
méthodiquement l'analyse iconographique à une dimension tout à la fois plus
anthropologique et plus formelle. Les acquis de l'analyse structurale des rites,
des mythes ou des récits légendaires sont ici convoqués pour leur mise en
évidence des transformations. Mais ils sont à leur tour "ouverts" à une
dimension d'"exégèse interne" des motifs, des formes ou des mouvements. C'est
alors une phénoménologie et une dynamique figurale des processus d'ouverture -
ouverture du corps martyrisé, de la femme conquise, du territoire acquis, de
l'animalité domptée, etc. - qui passent au premier plan. Et cela jusque dans le
nom même de "Georges" qui, précisément, signifie "celui par qui s'ouvre - ou
s'oeuvre - la terre".