Dès l'origine l'écriture de Fabienne Courtade tend au plus extrême
dépouillement, par le biais d'une méditation qui n'oublie jamais le monde
extérieur, ni le travail matériel propre à la poésie contemporaine. Dans ce
nouveau chant contrarié - tourné plutôt vers une impossible lumière - la
narration s'est encore resserrée, le lexique et l'anecdote se voient ramenés à
l'essentiel. Une femme marche dans la ville et se parle à elle-même ou s'adresse
à une ombre, évoquant des instants enfuis, une présence obsédante, des paysages
estompés. Aucune nostalgie néanmoins ni mélancolie dans ces pages : il s'agit au
contraire de capter dans le déroulement des gestes, des trajets, des décors les
plus ordinaires, une grâce moins apparente que le temps décidément n'abolit pas.
Et que le poème parvient à fixer avec ses outils de langage, dans l'évidence et
le mystère qui lui sont propres.