Les deux volumes de la correspondance de Walter Benjamin, édités en 1966 et
préfacés par Gershom Scholem et Theodor W. Adorno, proposent un choix de plus de
300 lettres, écrites entre 1910 et 1940. L’édition française a paru pour la
première fois en 1978. La traduction avait été réalisée par Guy Petitdemange qui
clôturait le volume par une courte postface intitulée « Treize facettes de
Walter Benjamin au fil de ses lettres». L’ensemble a été révisé et mis à jour
pour notre édition par Pierre Rusch, qui comprend un corpus de lettres de 1913 à
Ludwig Strauss sur la question du sionisme, qui a été retrouvé après la première
édition allemande et n’a pu être intégré dans les éditions successives.
Même si cette édition est incomplète par rapport à la grande édition allemande
en six volumes établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz (Suhrkamp, 1996),
elle a le mérite d’avoir été éditée par deux proches amis de Benjamin, et leurs
notes témoignent de cette amitié aussi fidèle que compliquée et de
«l'exceptionnelle aisance dans le genre épistolaire qui lui était comme
naturelle» écrit Scholem. Elle éclaire en tout cas suffisamment et d’un jour
nouveau l’œuvre de Benjamin qui a marqué durablement la pensée du 20e siècle et
est chaque jour redécouverte par une nouvelle génération de lecteurs et
d'exégètes. La liste des correspondants donne bien la mesure de son importance:
outre les deux éditeurs, dont plusieurs lettres sont également reproduites, on
trouve Hannah Arendt, Hugo von Hoffmansthal, Bertolt Brecht, Max Horkeimer,
Martin Buber, Adrienne Monnier, Rainer Maria Rilke etc. Toute la pensée du 20e
siècle est là, avec son cortège de drames et d’espérances.