Croce e delizia (Croix et délice), est un livre central dans l’œuvre de Sandro
Penna. Il paraît en 1958, chez Longanesi, 3e volume d’une nouvelle collection de
poésie dont les deux précédents sont L’usignolo della Chiesa Cattolica de Pier
Paolo Pasolini et Alibi d’Elsa Morante. Pier Paolo Pasolini, Elsa Morante et
Alberto Moravia apportent une aide fondamentale à la composition de ce recueil
de poèmes, Sandro Penna comme toujours patauge dans son désordre et indécision.
Il s’agit de 40 poèmes, sélectionnés dans sa production des dernières 30 années.
Pour la première fois les dates 1927-1957 sont indiquées en page de titre, ce
sera par la suite toujours le cas, cela signifie que chaque nouveau recueil
proposera un choix de poèmes représentant, à un moment donné, le travail d’une
vie et les poèmes préférés par l’auteur et ses amis. À la suite des 40 poèmes de
Croix et délice, nous publions un choix plus ample de poèmes, datés de 1927 à
1977, tous traduits et sélectionnés par Bernard Simeone, dont la connaissance et
la passion pour la poésie de Penna apparait dans la grande fidélité
(terriblement difficile à atteindre et tenir) de sa traduction : « Dans un
anonymat orgueilleusement vécu, Penna est à la fois présent au cours du monde
par sa sensibilité exacerbée aux êtres et aux instants, et définitivement
retranché dans la solitude de son désir, la hantise d’une éternelle enfance.
Refusant tous les emblèmes de la modernité, il n’est est pas moins le spectateur
passionné d’une vie quotidienne que ses poèmes soustraient à la précarité pour
lui donner valeur universelle.» Enfin, ce volume se clôt sur trois magnifiques
textes sur Sandro Penna et sa poésie écrits par ces grands auteurs qui lui
furent proches : Pier Paolo Pasolini, Amelia Rosselli et Natalia Ginzburg. La
simplicité de la langue de Penna est insaisissable, naturelle et ciselée,
onirique et quotidienne, comme sa modestie fière et son innocence grivoise.