Le nouveau poème de Jean Daive superpose deux récits : le premier s’écrit au
présent, à l’occasion d’un voyage de l’auteur à Amsterdam pour visiter
l’exposition Vermeer – ses pas le conduiront jusqu’au Musée Van Gogh – ; le
second est une ample rétrospection d’ordre poétique où chaque mot, chaque pensée
ouvrent à l’ambivalence : langage ou image, dire ou taire – lèvres humides /
lèvres brûlées –, ordre caché ou apparent, être ou n’être pas. L’allusion à
Anne-Marie Albiach dans ce contexte relève de la ponctuation efficiente : point
de jonction des instants mis ici en perspective. Lisant Devant l’Amstel, on se
souvient en effet que la préface aux entretiens de Jean Daive avec l’auteur
d’État se concluait déjà sur la description d’un tableau de Vermeer (« L’Atelier
du peintre ») ; on se souvient de la photographie d’Anne-Marie Albiach enfant
tenant dans sa main des brins d’ajonc (photographie publiée et légendée dans
fig. n°5 ; reprise en illustration d’une recension de Jean Daive à propos
d’Anne-Marie Albiach dans Quinzaines) ; on se souvient de l’importance
structurelle du dédoublement dans La Mezzanine. Le dernier récit de Catarina
Quia, qui entraînera, dans le poème de Jean Daive, la série du double : double
soulier gauche, double main droite, double vie, double regard… Si bien que la
superposition de ces instants font venir l’infini, autant que l’équivoque et la
fragmentation dans le temps du poème, – à la manière d’une peinture qui
découvrirait, derrière le rideau, au fond du couloir, un balai : L’image se
détruit comme rendue à sa non-matière.