Au cours de sa vie, l’intellectuel guyanais Walter Rodney s’est imposé comme
l’un des principaux penseurs et militants de la cause anticoloniale, véritable
relai du mouvement Black Power dans les Caraïbes et en Afrique jusqu’à son
assassinat en 1980. Dans cet ouvrage majeur initialement publié en 1969, Walter
Rodney traite de la situation des populations d’origine africaine et de la
persistance du racisme d’État, en prenant appui sur l’histoire de la Jamaïque.
Plus d’un siècle après l’émancipation du peuple jamaïcain de la puissance
coloniale, Rodney donne à voir un système oppressif reposant sur les élites
locales, basé sur la persistance des violences policières, la paupérisation des
travailleurs noirs et la hausse du chômage. L’auteur montre en quoi la situation
pour les populations locales n’a guère changé depuis l’abolition de l’esclavage
et qu’elle reste encore profondément marquée par la discrimination de race et de
classe. Conçu comme un recueil de conférences et d’interventions publiques, cet
ouvrage, incarnation directe de la voie de l’auteur, est également accompagné de
commentaires personnels, historiques et sociaux. Ainsi, les réflexions
personnelles de Patricia Rodney, les souvenirs de Bongo Jerry sur le contexte
jamaïcain, l’essai de David Austin sur le congrès de Montréal, et les textes de
Verene A. Shepherd et Randall Robinson viennent éclairer la pensée de Rodney.
Aujourd’hui, près de cinquante ans après sa publication, ce texte n’a rien perdu
de sa vitalité et de sa pertinence. Il aborde les questions de la conscience et
du pouvoir noir, du rôle des universitaires et des intellectuels, de l’histoire
africaine, du colonialisme et de ses conséquences, de la libération et
de la violence policière racialisée.