Cinquième ouvrage de la collection « Fraîches Fictions », Écrire un avis dessine
le mapping d'une France inégalitaire où la créativité et la générosité
s'expriment souvent davantage dans un kebab de quartier que dans un café chic
parisien, dans une pizzeria au fin fond de la pampa que dans un restaurant huppé
de la côte normande.
Le texte est composé d'une centaine d'entrées allant de la sentence choc qui
cloue définitivement la victime au pilori de la bad notation, aux développements
beaucoup plus étoffés qui tiennent plus du journal intime où l'auteur se livre à
des réflexions personnelles qui dépassent largement le cadre de l'avis. Cette
alternance de bonnes et mauvaises expériences structure un ouvrage enjoué et
sert de prétexte à de longues digressions de tous ordres. Quand bien même nous
ne l'ignorions pas, le moment du repas, qu'il soit pris chez soi ou en dehors,
est symptomatique de notre rapport au temps présent, l'attention que nous
accordons aux mets qui défilent devant nos yeux et finissent dans notre estomac
est révélatrice de la manière dont nous consommons, que ce soit les aliments ou
les boissons, mais aussi les instants ou les lieux. Derrière l'humour souvent
grinçant qui enrobe ces avis se dégage une critique acerbe de la malbouffe et du
système qui la génère.
En bon sociologue, l'auteur décortique avec délectation tous les gestes qui
accompagnent le passage des plats, il sait décrypter la générosité d'une cuisine
populaire derrière les à peu près orthographiques, mais n'est pas dupe de la
grandiloquence d'un menu qui coïncide trop peu souvent avec les promesses qu'il
affiche. L'auteur, on le devine, est un vrai amoureux de la bouffe pour qui un
repas réussi tient d'une rareté qui confine à la magie, les bons repas venant
clore en beauté une séquence de vie positive lorsqu'une mauvaise bouffe accentue
le désarroi d'un passage à vide. Vie et bouffe s'entremêlent dans une espèce de
chassé-croisé existentiel.
Il existe aussi, dans Écrire un avis, une volonté de célébrer une cuisine
insuffisamment mise en avant, celle des kebabs ou autres tacos que les fans de
fooding ont tendance à délaisser au profit de spécialités plus franchouillardes.
Selon l'auteur, qui habite une rue très animée de la banlieue parisienne, un
chawarma aux falafels bien composé peut largement valoir une entrecôte-frites
sans inspiration, et un bo bun bien fourni un sandwich au homard hors de prix
dans un café chic à Opéra.