Au fil des publications, la figure de Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) apparaît
comme l'une des plus fascinantes et des plus énigmatiques de la culture
européenne du milieu du XXᵉ siècle. On peut en effet distinguer, comme Tzvetan
Todorov dans sa présentation, plusieurs Bakhtine : après le critique du
formalisme régnant, le Bakhtine phénoménologue, auteur d'un tout premier livre
sur la relation entre l'auteur et son héros ; le Bakhtine sociologue et marxiste
de la fin des années vingt, qui apparaît dans les complexes Problèmes de la
poétique de Dostoïevski ; le Bakhtine des années trente, marquées par le
Rabelais et les grandes explorations culturelles dans le domaine des fêtes
populaires, du carnaval, de l'histoire du rire ; le Bakhtine "synthétique" des
derniers écrits, sans parler de bien d'autres possibles. Les textes ici retenus
proviennent de trois moments importants de cette riche carrière et permettent de
l'éclairer. Des extraits d'abord d'un livre interrompu en 1922, probablement sa
première grande oeuvre, description phénoménologique de l'acte de création. Le
texte suivant, écrit entre 1936 et 1938, date du moment où l'auteur travaillait
à un livre sur Goethe, qui a disparu. Les derniers enfin jalonnent la période
finale, réflexions sur "les genres du discours", l'état des études littéraires
et tous les sujets qui ont intéressé Bakhtine dans son parcours mouvementé.