Julia Kristeva invite à penser notre propre façon de vivre en étranger ou avec
des étrangers, en restituant le destin de l'étranger dans la civilisation
européenne : les Grecs avec leurs "Métèques" et leurs "Barbares" ; les Juifs
inscrivant Ruth la Moabite au fondement de la royauté de David ; saint Paul qui
choisit de prêcher en direction des travailleurs immigrés pour en faire les
premiers chrétiens, sans oublier Rabelais, Montaigne, Érasme, Montesquieu,
Diderot, Kant, Herder, jusqu'à Camus et Nabokov qui ont chacun médité avant nous
les merveilles et les malaises de la vie étrangère. Au coeur de cet avenir
cosmopolite : les Droits de l'Homme sous la Révolution française, qui commence
par honorer les étrangers avant de faire tomber la Terreur sur leurs têtes. En
contrepoint : le nationalisme romantique et, pour finir, totalitaire.
L'"inquiétante étrangeté" de Freud conclut ce parcours en suggérant une nouvelle
éthique : ne pas "intégrer" l'étranger, mais respecter son désir de vivre
différent, qui rejoint notre droit à la singularité, cette ultime conséquence
des droits et des devoirs humains.