"J'éprouvais une légère douleur à l'estomac, une espèce de nostalgie très ténue
: la faim, pensa-t-il, je dois avoir faim. Ou alors je vieillis. Ou bien je suis
malade, comme les chevaux d'attelage qui ne sont plus bons à rien. Les oiseaux,
expliquait son père, appuyé à la margelle du puits de la ferme, meurent très
lentement, sans raison, sans s'en rendre compte, et un beau jour ils se
réveillent le ventre en l'air, le bec ouvert, flottant dans le vent." Dans ce
chef-d'oeuvre de la mémoire, mêlant - souvent dans une même phrase - les passés,
les présents, les avenirs de ceux et celles qui l'entourent, Rui S. nous mène,
vers une mort souvent annoncée. Illusion, poésie, satire : António Lobo Antunes,
qui veut faire d'Explication des oiseaux son hommage - et combien magnifique - à
Fellini, s'impose, après Le cul de Judas, Fado Alexandrino, Le retour des
caravelles, comme un très grand écrivain européen.