Il n’a jamais été aussi urgent de faire oeuvre commune pour faire face au
changement climatique, à l’effondrement de la biodiversité, mais aussi pour
assurer le soin des populations, remédier à la précarisation des vies, aux
inégalités… Pourtant cette capacité à faire ensemble, à agir de manière
véritablement sociale et à faire du collectif un véritable sujet pratique se
trouve aujourd’hui minorée ou ignorée au profit de la seule rationalité de
l’agent individuel. C’est que les fondements philosophiques d’un agir commun
doivent encore être mis au jour. En inscrivant ses pas dans la tentative encore
méconnue des « Jeunes hégéliens », ce livre montre que l’essence humaine réside
dans son oeuvre commune, qu’elle est un « faire ensemble ». Mais, loin de
valoriser de manière abstraite ou incantatoire l’association et la coopération,
il s’agit de faire comprendre que nous sommes d’ores et déjà engagés
pratiquement les uns envers les autres. Cet engagement, de nature sociale, se
distingue des dimensions économiques et politiques de l’existence qui occupent
souvent le devant de la scène des pensées critiques. Or, la mutualité de nos
relations constitue le meilleur antidote aux rapports de domination. Ainsi,
déployer ces relations par lesquelles nous nous associons les uns aux autres
dans des liens de complémentarité et de réciprocité peut nous aider à nous
approprier le sens social de nos vies et à en maîtriser démocratiquement les
conditions de réalisation. Franck Fischbach est professeur de philosophie
allemande à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il a notamment publié
Manifeste pour une philosophie sociale (La Découverte, 2009), Après la
production. Travail, nature et capital (Vrin, 2019) et Pour la Théorie critique.
Raison, nature et société (Vrin, 2024).