Un homme eut le mérite de précéder Freud dans son explication du "mystère du
rêve" : le Viennois Josef Popper (1838-1921), qui se rendit célèbre sous le nom
de Lynkeus - ce héros grec à la vue perçante. Freud lui-même lui a rendu
hommage, d'abord dans la seconde édition de L'Interprétation des rêves, ensuite
dans deux articles consacrés à sa mémoire. Chaque fois il s'est plu à souligner
non pas sa dette (qui est nulle), mais sa "rencontre" avec un aîné dont la
pensée s'était formée dans un tout autre contexte que la sienne. Josef
Popper-Lynkeus, en effet, était un ingénieur génialement doué qui put
s'enorgueillir de plusieurs inventions techniques. C'était aussi un réformateur
social, dont l'influence ne fut pas négligeable en Europe centrale dans le
premier tiers de ce siècle. C'est enfin et surtout l'auteur d'un unique ouvrage
littéraire, les Fantaisies d'un réaliste, où, s'inspirant très largement du
rêve, il s'est trouvé sans le savoir sur la voie du fondateur de la
psychanalyse. Ces contes, souvent naïfs, parfois cruels, conservent le charme
des oeuvres écloses loin des courants esthétiques dominants, fruits singuliers
d'un tempérament original. On y décèle aussi, non sans surprise, une inspiration
qui évoque l'atmosphère mentale des fables du jeune Kafka. L'influence des
Fantaisies semble ici évidente.