Avec ses contemporains Wang Wei et Du Fu, Li Bai (701-762) est un des plus
puissants génies poétiques de l'empire des Tang. Né en Asie centrale, ce
marginal, un peu bretteur, quatre fois marié, refusa de se présenter aux
concours qui lui eussent ouvert le mandarinat. Mais ni son penchant pour la
pensée, voire la religion taoïstes, ni sa connivence avec le bouddhisme ne
l'empêchèrent de solliciter les grands : ainsi, du printemps 743 à l'automne
744, partagea-t-il les faveurs impériales à la cour de Xuan-zong. Impliqué,
malgré son détachement de "clochard céleste", dans les bouleversements de la
révolte d'An Lushan, il connut la prison, l'exil, les ermites, les puissants,
les errances, les montagnes et les rivières, le vin surtout. Subsistent plus de
mille poèmes de formes variées choisis et classés ici par thèmes dominants :
l'amitié, la femme, l'ivresse, etc., annotés pour que rien n'échappe au lecteur
de notre langue qu'aura séduit, fasciné, et, disons-le, foudroyé la qualité des
poèmes français, rythmés et rimés pour répondre aux structures métriques des
originaux. Pour celui qui pensait qu'avec le vin, la poésie, elle seule, pouvait
nous faire admettre ce que le ciel et la terre font de notre misérable espèce,
qu'est-ce que cent ans, qu'est-ce que mille ans, qu'est-ce que douze cents ans
et plus de retard ? Mourir en voulant cueillir un reflet de lune dans l'eau,
quelle jolie fable du monde poétique et de la vie de Li Bai ! Étiemble