Fréquence Mulholland est une variation libre autour du film de David Lynch
Mulholland Drive. Ce livre questionne la notion de doublure en établissant des
ponts entre décorum cinématographique et vie réelle des actrices/acteurs.
Alternant les époques et les atmosphères notamment le Hollywood des années 70
avec ses starlettes hippies et ses sectes. En parallèle, depuis un angle de
perception auto-fictif, une femme s'interroge sur sa propre identité dans un
environnement étrange où sont convoquées les réminiscences d'une relation
toxique. Le film « Mulholland Drive » traverse les livres de Sandra Moussempès
depuis sa sortie. C'est un de ses films fétiches. Elle souhaitait à un moment
lui consacrer un livre entier qui s'inscrirait comme une charnière dans son
travail. Les poèmes explorent aussi certains traumas notamment dans la sphère de
la relation amoureuse mais pas seulement. Avec Cassandre à bout portant son
précédent livre, elle explorait déjà les traumas du féminin. Son féminisme, sans
être bruyant est acharné à sa façon. Dans ce nouvel opus, les personnages et
l'univers de David Lynch, lui permettent d'évoquer via le duo féminin Rita et
Betty ainsi que Silencio (sombre figure masculine du livre), les phénomènes
d'emprise. Plus généralement l'autrice continue avec cet ouvrage à interroger le
geste d'écriture. Mais également ce qui se trame dans l'envers du décor. Depuis
son premier recueil en 1994, le cinéma tient une place importante dans son
travail et Fréquence Mulholland s'inscrit dans son laboratoire filmique. Elle
reprend des scènes du film qu'elle analyse avec son angle de perception
singulier. La notion de doublure lui permet de convoquer certaines énigmes qui
s'éclairent de plus en plus. Un court passage photographique autour des fantômes
du Cecil Hotel à L.A s'insère aussi à la trame. D'autres voix sourdes en tant
que dispositifs internes au poème, bouches cousues, se mettent à résonner dans
l'espace filmique “écrit”. Tel un gramophone géant d'archives mémorielles. C'est
un ouvrage important dans l’oeuvre de l'autrice rappelant que la force de
l'imaginaire permet de vivre dans deux mondes parallèles et d'explorer les
confins de l'énigme humaine.