Dans Guerre et civilisation sont réunis les passages que Toynbee consacre au
militarisme dans sa monumentale Étude de l'histoire (1934-1961). D'où se dégage
une loi : le militarisme conduit toujours à la chute des civilisations. La
guerre est même "fille de la civilisation", car "lorsque l'accroissement
d'efficacité de la société devient tel qu'elle parvienne à mobiliser une
proportion mortelle de ses ressources et de ses énergies pour un usage
militaire, la guerre devient un cancer qui emportera sa victime". Par exemple,
Sparte, cité-État qui, à l'établissement de comptoirs autour de la Méditerranée,
préféra la colonisation de la Messénie voisine, où, pour maintenir sa
domination, elle finit par s'enkyster dans un militarisme autarcique qui
l'empêcha de s'adapter au régime d'échanges dont elle aurait eu besoin au IVᵉ
siècle av. J.-C. Et que dire de l'Assyrie ? Ou même du royaume de Charlemagne ?
Cette leçon, Toynbee la tire certes pour son temps, qui fut celui de la guerre
froide. Mais elle s'adresse plus que jamais à nous, à l'heure où les États se
réarment et où se multiplient les conflits de haute intensité...