"Outre à la trajectoire du Prince de Danemark, j’aimerais appliquer cette notion
de tortuosité, que j’appellerais plus volontiers sinuosité, au cheminement de sa
pensée et aux anfractuosités de celle-ci. Je serais tentée, ici, de penser en
géomètre. Qui veut suivre et mesurer, au plus près, la pensée de Hamlet – riche
en coins, recoins et fissures – se voit confronté à l’équivalent du paradoxe du
littoral : plus les segments de mesure utilisés pour apprécier la longueur de la
côte ouest de la Grande-Bretagne – par exemple – sont réduits et suivent au plus
près les anfractuosités du littoral, plus la longueur de celui-ci sera
importante. Or il va tout de même falloir que le littoral tienne sur la carte de
Grande-Bretagne qui, à son tour, tiendra dans la poche arrière de mon sac à dos.
De même, le travail de traduction contraint à opérer des changements d’échelle,
entre les moments où l’on a le nez dans la trame et ceux où il faut prendre ses
distances. Ce, afin de faire entrer ce que j’appellerais le parlé-pensé de
Hamlet, et son « entre-les-mots » (variable en fonction du degré de segmentation
choisi) dans un monologue d’une longueur plus ou moins équivalente à celle du
texte anglais. Déplier, puis replier : c’est ce que j’ai le sentiment de faire
lorsque je traduis Shakespeare." DZ