Il y a la gueule et il y a le monde — la gueule qui tente d’y entrer, de s’y
faire une place, de se le faire rentrer dedans, ce monde vaste et brutal et
rempli à craquer de matière incisive et de matière douce, monde où la question
du pays demeure béante, sans lieu où poser sa mémoire, son désir, ses langues.
C’est à son seuil qu’Elissa Kayal fracasse l’histoire de sa gueule, histoire
d’une parole trouée qui se cogne, se durcit, résiste et veut tout de ce monde :
y aimer, y danser, s’en gorger jusqu’à l’excès malgré la violence de la guerre
et des exils, et qui, dans cette collision même entre l’inconvénient de naître
et la tentation d’être au monde, se découvre pour remède une « horrible envie de
vivre ».