Première traduction française d’un recueil d’Hagiwara Sakutaro. Hagiwara
Sakutaro fait partie de la « jeune génération » des poètes japonais nés dans les
années 1880, soucieux de créer dans leur langue maternelle une poésie libérée à
la fois du carcan des rythmes fixes du tanka et du haïku, et de la tradition
érudite du kanshi (poésie « à la chinoise »). Éblouis par la poésie française de
la seconde moitié du XIXe siècle (notamment le Parnasse et le symbolisme) qu’ils
avaient découverte dans des traductions récentes, inspirés par la musicalité de
Verlaine et les dons d’orfèvre de Baudelaire, ils désiraient avant tout exprimer
les multiples facettes de la sensibilité contemporaine dans des textes qui
feraient la part belle à l’affirmation du « Moi ». Dès le milieu des années
1900, les recherches destinées à mettre au point une « poésie libre en langue
parlée » (kôgo jiyû shi) se succèdent au fil de tâtonnements d’où émergent
quelques œuvres marquantes, notamment celles de Takamura Kôtarô (1883-1956) et
de Muroo Saisei (1889-1962). En 1917, Hagiwara Sakutarô, auteur presque inconnu,
se révèle avec le recueil Tsuki ni hoeru (Hurler à la lune), dont Kitahara
Hakushû (1885-1942), lui-même immense poète, tente de cerner la singularité par
cette formule lapidaire : « Un rasoir plongé dans un parfum mélancolique. » Ce
recueil fait de Sakutaro père incontesté de la poésie moderne libre au Ja-pon :
une langue poussée à son degré le plus extrême de fluidité cristallise, jusqu’au
malaise, et, dans une dissonance voulue, la sensibilité d’un être en quête d’un
Idéal, impuissant face à la platitude inquiétante du monde qui l’entoure, comme
aux pulsions morbides de son propre univers intérieur. Le recueil intègre les
illustrations de l’original, réalisées par deux amis de l’auteur, Tanaka
Kyôkichi (1892-1915) et Onchi Kôshirô (1891-1955). Il est introduit par une
préface des traducteurs, et complété par une étude de Makiko Andro-Ueda.