"C'est au prix de longues recherches et de multiples tâtonnements qu'André du
Bouchet a inventé un dispositif typographique inédit, qui prolonge et renouvelle
les tentatives de Mallarmé et de Reverdy. C'est grâce à cet espacement du texte,
qui déploie les énoncés sur la page de façon toujours plus audacieuse et en même
temps très rigoureuse, qu'il a trouvé sa voix en poésie, et la voie qui lui a
permis de retrouver dans les mots la relation perdue avec le monde. Les blancs,
qui occupent une si large place dans ses recueils, ne sont pas pour Du Bouchet
des vides, mais "le lieu du vif" : ils ajourent et aèrent le poème, qu'ils
ouvrent sur son dehors. Un des aboutissements de cette démarche poétique
singulière est, sans nul doute, Ici en deux, paru en 1986. Ce qui s'exprime dans
ce recueil, c'est à la fois le désir d'une totale coïncidence avec le monde, et
la conscience d'un écart irréductible. Cette alliance paradoxale est depuis
toujours au coeur de la réflexion et de la pratique d'André du Bouchet : c'est
une faille qui lui a livré accès à la poésie, et c'est elle qui donne à ce livre
sa forme et son unité. On la retrouve à chaque page, dans le rapport du poète au
monde et aux langues. Dès le titre du recueil s'inscrit ce paradoxe d'une
relation au proche qui suppose sa mise à distance, une scission interne qui
éloigne l'ici de lui-même, en le dédoublant." Michel Collot.