Le 29 mars 2023, l’auteur assista dans la cadre du festival “Cinéma du réel” à
Beaubourg à la projection d’Eventide, film de Sharon Lockhart d’une durée de
35’. Ce film consiste en un unique plan fixe tourné sur une plage de l’île de
Götland, en mer Baltique, fin août, c’est-à-dire au moment où les pluies
d’étoiles filantes sont les plus visibles. Dans l’espace de ce plan apparaissent
peu à peu, au fur et à mesure que la nuit s’épaissit, des silhouettes qui se
déplacent. Munies seulement de la lumière d’un téléphone portable, elles
évoluent avec lenteur puis elles s’éclipsent. Rien d’autre n’aura lieu que le
passage de ces existences dans la nuit, sans qu’on sache rien d’elles, mais le
film est fait de telle manière qu’il restitue intégralement leur mystère et
celui de la puissance nocturne. En le voyant l’auteur ne put que se remémorer la
découverte qu’il avait faite peu avant, en visitant la Pinacothèque de Munich,
du tableau d’Adam Elsheimer qui représente La Fuite en Égypte. La parenté entre
ce tableau qui date de 1609 et le film de Sharon Lockhart, qui lui parut
évidente, est l’objet de son récit. Même intensité des points lumineux dans la
nuit, même omniprésence du ciel (on dit que le tableau d’Elsheimer a été le tout
premier à prendre en compte les observations de Galilée), même discrétion de la
présence humaine, même élongation du silence. Si jamais le mot de paix eut un
sens, peut-être peut-on le trouver dans le point de rencontre entre ces deux
œuvres, si différents que soient leur médium ou leur époque. Le récit qui est
fait de cette rencontre s’efforce de rester dans sa lumière, sans rien lui
rajouter. Le titre en langue anglaise est une citation de la chanson entonnée
par la petite Pearl dans La Nuit du chasseur.