Ce deuxième tome du Journal de l'écrivaine culte argentine Alejandra Pizarnik
(dans la traduction totalement inédite de Clément Bondu) porte sur une brève et
intense période : les années françaises 1960-1964, comme l'indique le sous-titre
que nous avons choisi. Il est important de situer tout de suite les 6 cahiers
qui composent cette partie centrale de son Journal car ils ont été tous écrits
pendant les années passées en France, presque exclusivement à Paris, par
Alejandra Pizarnik. Un séjour qui a particulièrement marqué la jeune femme et
l’écrivaine en fleur. Elle a 24 ans quand elle débarque dans la ville lumière et
capitale de la littérature, pour poursuivre son rêve et plus grand désir :
écrire et être écrivaine – « Mais comment rendre réel mon monologue
obsessionnel, comment transmuer en langage ce désir d’être. La vie perdue pour
la littérature, à cause de la littérature. Je veux dire, à vouloir faire de moi
un personnage littéraire dans la vie réelle, j’échoue dans mon désir de faire de
la littérature avec ma vie réelle, puisque celle-ci n’existe pas : c’est de la
littérature. » Elle travaille à UNESCO, elle s’y ennuie, elle lit, elle écrit,
elle fait des rencontres, elle traduit, elle est traduite, elle fait des
insomnies, elle rêve, elle essaie de rendre compte de tout ce qui la traverse et
qu’elle traverse, et on retrouve ses obsessions et recherches et mots qui
parsèment son œuvre, dans un crescendo forcené. Ce Journal est comme un roman de
formation vécu à vif, celle qui l’écrit s'y met en scène, l’écrivaine et son
personnage coïncident, comme une invitation au voyage dans le réel de sa vie
inévitablement littéraire et intime.