Cet ouvrage, dont la première édition est parue en 1993, s’est rapidement imposé
comme une référence incontournable. L’approche développée par Paul Gilroy permet
de renouveler en profondeur la manière de penser l’histoire culturelle de la
diaspora africaine, résultat de la traite et de l’esclavage. Contre les visions
nationalistes et les tenants d’un absolutisme ethnique, l’auteur montre qu’il
existe une culture hybride, qui n’est ni africaine, ni américaine, ni
caribéenne, ni britannique, mais tout cela à la fois : l’Atlantique noir.
L’objet du livre est donc de donner à voir cet espace qui commence à se
constituer dès le XVIIe siècle à travers l’histoire de la traite négrière, de
retracer ce réseau de relations, d’échanges d’idées, de personnes et de
productions culturelles. Au fil de ces pages où l’on croise des figures allant
de Spike Lee à T. W. Adorno, en passant par les Jubilee Singers, Richard Wright,
W. E. B. Du Bois, Jimi Hendrix, Wynton Marsalis ou encore Hegel, l’espace et le
temps singuliers de l’Atlantique noir prennent forme et consistance de façon
saisissante. La musique, mode d’expression privilégié d’une culture enracinée
dans l’expérience des terreurs indicibles de l’esclavage, avec ses usages et ses
circulations inattendus d’un bord à l’autre de l’Atlantique, joue un rôle de
premier plan dans la création de cette « contre-culture de la modernité »
relevant autant de la réalité que de l’utopie.