La voix de Lucian Blaga demeure près de la source. Blaga nous parle de quelque
chose de très ancien, si ancien qu’il remonte jusqu’à l’origine commune du
tangible et de l’imaginable. Sa poésie est parsemée de présences familières et
pourtant absolues : la pierre, l’arbre, les fauves, sont autant de bornes qui
tracent un chemin pour l’homme pèlerin dans l’espace-temps, vers un horizon de
silence ; vers le village de l’enfance et de la terre natale, éternellement
natale, au cœur d’une Roumanie suspendue entre géographie physique et sacrée. Le
choix de poèmes de Sanda Stolojan dessine admirablement le portrait en vers de
Blaga. Sa traduction est fine, noble, avisée, capable de nous restituer les
nœuds dramatiques de cette poésie qui tend au murmure, mais qui parle
immédiatement, comme en face à face, par une nuit à une table qu’une bougie
éclaire.