L’homme du désastre, c’est Antonin Artaud, ce frère d’ombre et de foudre, à qui
Christian Bobin adresse cette longue lettre écrite avec cette trompeuse douceur
qu’on lui connaît et d’où découle une méditation sur l’enfance, l’innocence, la
précarité de l’existence. Séparés par le temps, Bobin et Artaud se rejoignent
dans la même brûlure : celle d’exister trop vivement dans un monde trop étroit.
Artaud n’y apparaît pas comme un poète «fou», au corps brisé par les
électrochocs, mais comme un être d’une sensibilité extrême, révélant les fissures
du réel. A travers sa figure, l’auteur parle aussi de lui-même : de ce que
signifie écrire pour survivre. Le livre murmure une réflexion sur la beauté
fragile, la menace de l’effondrement, ce qui sauve et ce qui détruit — et la
parole comme dernier refuge.