"Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) est le plus romantique de tous les poètes
romantiques. Mélange d'émotions et de réflexion, d'enthousiasme et de doutes, il
est la contradiction faite homme. Il aime passionnément la Nature, dans sa
version sauvage du Pays de Galles et des Lacs où il vit avec une parfaite
sobriété écologique. Dans le même temps, cependant, il ne peut pas se passer de
Londres, dont il aime fréquenter les cafés. Comme il a lu Rousseau et les
philosophes du XVIIIᵉ siècle, il porte en lui l'utopie d'une société meilleure.
Mais comme il trouve que la Révolution française s'est pervertie, il part en
1798 pour l'Allemagne et l'université de Göttingen découvrir Kant, Schelling et
Fichte. Ce faisant, il quitte la poésie pour la philosophie, abandonne femme et
enfants pour une vie d'errance londonienne et d'accoutumance à l'opium. Il est
le modèle de tous les Rimbaud à venir. Il compose un impérissable poème en sept
chants La Ballade du Vieux Marin ainsi qu'une méditation orientale sur
l'empereur mongol Kubla Khan, que toute l'Angleterre sait par coeur. Ce grand
marcheur métaphysique, capable d'escalader les pics du Lake District de nuit,
est probablement l'inconnu que l'on voit de dos dans les tableaux de Caspar
David Friedrich rêver dans le soleil naissant au-dessus d'un océan de brume."
Jacques Darras.