On oppose souvent Max Weber (1864-1920) à son aîné Karl Marx (1818-1883), qui
ont tous deux marqué durablement et diversement la culture allemande du 19e
siècle. Si tous deux sont critiques à l’égard de la société, seul Marx propose
de la transformer quand Weber s’attache à la comprendre, en fondant une
sociologie dite compréhensive. Il ne fait pas de doute que l’on retrouve cette
double influence imbriquée dans les œuvres d’Ernst Bloch, de Walter Benjamin ou
d’Erich Fromm, mais aussi chez les auteurs de l’École de Francfort ou chez des
penseurs aussi divers que Georg Lukács et Maurice Merleau-Ponty. Certes, Weber
était un penseur libéral, hostile au communisme. Mais c’était aussi, comme le
rappelle Michael Löwy, un analyste très critique du capitalisme et de sa course
effrénée au profit. Ce qu’il appelle la cage d’acier n’est autre que la
civilisation capitaliste, fondée sur le calcul égoïste et la toute-puissance des
marchés, qui enferme l’humanité dans un système implacable.
Reprenant le fil de cette riche postérité, Michael Löwy montre à quel point est
encore actuel ce courant critique du marxisme wébérien dans un monde désormais
globalisé, qui ne peut être transformé qu’en le comprenant.
Ce livre, paru aux éditions Stock en 2013, reparaît dans L’éclat/poche, enrichi
de deux essais de Michael Löwy et Eleni Varikas sur « Weber et l’anarchisme »,
et « Max Weber et l’anthropologie ».