« Je ne prends pas à la légère le processus susceptible de mener à la fin d’un
État dont je suis citoyen et dans lequel vivent des millions de personnes. Un
État ne disparaît pas facilement et le mot “fin” est d’ailleurs peut-être trop
terminal à cet égard ; la plupart du temps, les États se transforment, parfois
de façon spectaculaire – et c’est d’une telle fin que nous parlons ici. Il y a
bien quelques cas d’États qui ne se sont pas seulement désint��grés ou effondrés
mais qui ont en effet disparu, comme la Yougoslavie ou le Viêt Nam du Sud, pour
citer les deux exemples les plus célèbres dans l’histoire récente. La fin d’un
État peut aussi signifier la fin d’un régime, et là les exemples ne manquent pas
: Afrique du Sud, Chili, Argentine, Irak, etc. […] La chute potentielle d’Israël
pourrait donc ressembler soit à la fin du Viêt Nam du Sud, la disparition totale
d’un État, soit à celle de l’Afrique du Sud, l’effondrement d’un régime
idéologique et son remplacement par un autre. Il me semble que, dans le cas
d’Israël, des éléments de ces deux scénarios pourraient se produire avant que
beaucoup d’entre nous n’aient le temps de le comprendre ou de s’y préparer. »
Israël ne peut plus continuer ainsi. Le 7 octobre et l’invasion de Gaza qui a
suivi ont mis à nu les failles de ses fondations. Il s’est révélé être un pays
incapable de protéger ses citoyens, divisé entre théocrates messianiques et
libéraux sélectifs, fragilisé économiquement et militairement, détesté par ses
voisins et perdant le soutien des Juifs du monde entier. Alors que ses
dirigeants justifient des campagnes de bombardements égalant les pires atrocités
de la Seconde Guerre mondiale et une catastrophe humanitaire sans précédent dans
la bande de Gaza, Israël est en train de devenir un État paria. Son pire ennemi
n’est pas le Hamas, mais lui-même. Fort de ce diagnostic implacable, Ilan Pappé
trace une voie pour sortir de l’État sioniste, fondée sur la justice réparatrice
et la décolonisation, le retour des réfugiés, la fin des colonies illégales et
l’établissement de ponts avec le monde arabe. Celle-ci passera également par le
renouveau du mouvement national palestinien et de la solidarité internationale
qui l’entoure. L’avenir peut être celui de la réconciliation, et non d’une
guerre sans fin.