Que nous reste-t-il de la communauté ? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous
le mot de communauté ? Il semble qu'il ne nous en reste rien. Ses mythes sont
suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On
pourrait dire aussi : la communauté, c'était le mythe, c'était la philosophie,
c'était la politique - et tout cela, qui est une seule et même chose, est fini.
Ce livre essaie de dire ceci : il y a, malgré tout, une résistance et une
insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique
et politique de l'être en commun. Non seulement elle n'est pas dépassée, mais
elle vient au devant de nous, elle nous reste à découvrir. Ce n'est pas
l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication).
C'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres.
C'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.