En Sardaigne, l'argia, est le nom d'un animal mythique, fourmi ou araignée, dont
la morsure provoque un état de possession. À force de musique, de danse et de
dialogues poétiques avec l'argia, tout le village se mobilise pour identifier
l'esprit féminin qui s'est emparé de l'homme en transe. Tour à tour petite fille
que l'on berce, jeune fille en mal de fiancé, femme en proie aux douleurs de
l'enfantement, veuve pleurant son mari défunt, le possédé est l'objet passif
d'un rituel très étonnant de travestissement sexuel auquel la communauté se
livre sans aucune gêne et où toutes les règles de partage des sexes sont
abolies. Chants d'amour, danses licencieuses et gestes érotiques, lamentations
hésitantes entre les pleurs et le rire, accouchements simulés, berceuses, tout
est bon pour guérir le possédé qui change de sexe le temps du rituel, dans une
mise en scène impliquant toute la communauté. Disparue depuis les années 50,
l'argia est pourtant encore présente dans la mémoire collective d'une société où
tradition et modernité continuent de s'affronter par-delà le vingtième siècle.
« C'est en cela que ce voyage au cœur de la culture sarde, à la recherche des
araignées de toutes les couleurs qui envahissent les hommes et parlent dans la
langue des poèmes, est aussi un grand livre d'ethnologie et d'histoire
culturelle » écrivait Daniel Fabre dans Libération.
Clara Gallini (1931-2017), qui fut l'élève du grand anthropologue italien
Ernesto De Martino, a publié ¬plusieurs ouvrages sur les sociétés
traditionnelles, le statut de la femme méditerranéene ou le mesmérisme.
Traduit de l'italien par Giordana Charuty & Michel Valensi
Posface de Giordana Charuty