"Les gens heureux n'ont pas d'histoire. C'est dans le désarroi, la tristesse,
quand on se sent brisé ou dépossédé de soi-même qu'on éprouve le besoin de se
raconter. J'ai voulu faire entendre ici la voix de trois femmes qui se débattent
avec des mots dans des situations sans issue. L'une bute contre une inéluctable
fatalité, celle de l'âge. La seconde conjure par un monologue paraphrénique la
solitude où l'a jetée son égoïsme éperdu. La femme rompue est la victime
stupéfaite de la vie qu'elle s'est choisie : une dépendance conjugale qui la
laisse dépouillée de tout et de son être même quand l'amour lui est refusé. On
chercherait en vain des moralités dans ces récits ; proposer des leçons, non ;
mon intention était tout autre. On ne vit qu'une vie mais par la sympathie on
peut parfois sortir de sa peau. J'ai souhaité communiquer à mes lecteurs
certaines expériences auxquelles j'ai ainsi participé. Je me sens solidaire des
femmes qui ont assumé leur vie et qui luttent pour la réussir ; mais cela ne
m'empêche pas - au contraire - de m'intéresser à celles qui l'ont plus ou moins
manquée et, de manière générale, à cette part d'échec qu'il y a dans toute
existence." Simone de Beauvoir.