Sage-femme guadeloupéenne à Paris dans les années 1960 et 1970, Jacqueline
Manicom voit tout : les avortements clandestins, les grossesses imposées, les
violences médicales, le mépris social et le racisme ordinaire qui hantent les
couloirs de l'hôpital. De cette expérience pré-loi Veil naît La graine (1974).
Bien plus qu'un journal, c'est un texte incandescent et bouleversant, à la fois
manifeste et prière. Jacqueline Manicom y mêle la vérité technique à une langue
charnelle. Elle raconte la banalité et le vertige de la naissance, à une époque
où les sages-femmes risquent leur poste si elles osent parler. Unique femme
noire parmi les signataires du "manifeste des 343", témoin au procès de Bobigny
aux côtés de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir, fondatrice du planning
familial à la Guadeloupe dès 1964, Jacqueline Manicom incarne une pensée à la
croisée des luttes de sexe, de classe et de race. Épuisée par les combats et le
racisme, elle met fin à ses jours en 1976, à quarante et un ans. Cinquante ans
plus tard, la réédition de La graine rend justice à celle qui a voulu dire la
vérité crue des corps et faire entrer en littérature ce que l'on préférait
taire.