"Trump et Poutine inventent chacun leur novlangue. Et moi, j'ai peur qu'un jour
on ne puisse plus dire : ceci est un mensonge." Donald Trump et Vladimir Poutine
croient l'un comme l'autre en la force du langage. Ils pensent qu'en supprimant
les mots, ils supprimeront les choses. L'un parle comme un adolescent de
quatorze ans, avec 3000 mots. L'autre vise chaque couche de sa population,
utilisant même l'argot de la pègre. Tous deux ont compris que dire, c'est faire
et que contrôler les mots, c'est déjà gouverner les esprits. Analysant leurs
discours, Barbara Cassin révèle une même entreprise de déformation du réel et
une même haine de l'Europe. Dans cette guerre des mots, la culture demeure notre
plus sûre résistance.