Un troupeau de gnous traverse l’Afrique en direction du nord. Transhumance,
fuite ou retour à la Terre originelle ? Dans ce galop effrené, une conscience
est portée par un flot étonnant d’idées et d’inquiétudes. À l’image du troupeau,
multiple et un à la fois, l’écriture de Benoit Caudoux donne à entendre le
vacarme et le grondement des bêtes. La langue, tumultueuse, se fait l’écho de la
turbulence du chaos animal, matière dense animée lancée avec fracas par l’élan
de son énergie brute, en quête de forme. Ce texte, que l’on serait bien en peine
de qualifier sans le dénaturer, a paru pour la première fois en 2004 – « un
nouveau genre de prose vibratile non encore identifié » (selon Le Matricule des
Anges). Il avait alors reçu le soutien d’Éric Chevillard, qui voyait en cette
horde « peut-être le plus beau personnage littéraire, toute l’espèce lancée en
bloc, à bloc, en fuite ou en quête, prisonnière de sa condition mais ivre de sa
course », tandis qu’Éric Loret, pour Libération, parlait « d’inspiration
blanchotienne mais muni d’un nez rouge ». Tristan Garcia, qui signe la préface
de cette édition, le situe quant à lui « à égale distance de Michaux,
Chevillard, Novarina et Rousseau ».