Figures tragiques, tristes, terribles et féroces, les femmes et les hommes sont
peints à l’acide chez Djuna Barnes : la nature humaine est restituée telle
quelle, aussi inhumaine que la nature. Sous le titre Spillway (« déversoir »
littéralement), l’autrice réunit en 1962 les neuf short stories qui composent ce
livre, le dernier conçu et défendu par elle-même, le considérant aussi achevé
que son célèbre roman Nightwood (Le Bois de la nuit). Sous le titre La Passion,
la traduction française par Monique Wittig de ces nouvelles – si
caractéristiques de l’art de Djuna Barnes, tant par la justesse du geste et du
trait que par une aventure de la langue toute proche de la poésie –, confère à
ce livre une aura particulière. Dans une « Avant-note » qui est, en fait, un
essai important, Monique Wittig affirme irrévocablement qu’il n’y a pas d’«
écriture féminine » et souligne un angle d’approche dont l’effet est comparable
à une perception du coin de l’œil.