Fruit du doux délire d'un théoricien anarchiste des années 1930, une utopie
affective et sexuelle dont la charge subversive demeure intacte, à l'heure d'une
sexualité coincée entre marchandisation du sexe et sacralisation du couple.
Anarchiste individualiste et défenseur acharné de la liberté sexuelle, E. Armand
se livre, au beau milieu des années 1930, à un dynamitage systématique de la
morale de son temps. Se prononçant avant l'heure en faveur de l'amour libre et
de la camaraderie amoureuse, il fustige l'" exclusivisme en amour " ainsi que le
poison de la jalousie dont les excès passionnels ne peuvent entraîner que
frustration ou violence. Ami de tous les non-conformistes sexuels et lui-même
pervers à ses heures, Armand refuse la pudibonderie des bien-pensants. À travers
le couple monogame, c'est la structure même de la famille qui est visée, cet "
État en petit " qui développe nécessairement une exclusivité affective.
Théoricien doucement délirant d'un droit à la jouissance pour tous, Armand en
tire toutes les conséquences : contre le propriétarisme en amour, reste à
expérimenter l'amour plural dans le cadre d'une camaraderie amoureuse
égalitaire. Contre les logiques de concurrence qui tendent à convertir en marché
l'espace des rencontres amoureuses, il appelle les lecteurs à former des sortes
de coopératives sexuelles où corps et caresses s'échangeraient sous forme de
troc généralisé. Une utopie affective et sexuelle dont la charge subversive
demeure intacte, à l'heure d'une sexualité coincée entre marchandisation du sexe
et sacralisation du couple.