La France des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles marque l'avènement de l'ère de la "société
de cour" : dispositif social au coeur duquel émerge un nouvel habitus psychique
où contrôle de soi, retenue, pudeur parachèvent la soumission au souverain. Les
conséquences de cette discrète dictature du paraître sont cependant paradoxales
: les rituels censés exclure le "vulgaire" au profit de l'homme d'exception se
diffusent peu à peu aux autres classes sociales et façonnent celles de demain,
les nôtres. Norbert Elias montre que la mise en scène politique du "soi", même
finement orchestrée, donne lieu à des dénouements plus qu'inattendus. Il y a
fort à penser que la façon dont l'homme moderne salue poliment son voisin ait
tout à voir avec celle dont l'homme de cour regardait pieusement le lever et le
coucher du Roi Soleil...