"Une voix - de "l'élégant badinage" cher à Boileau, de trop fameuse et scolaire
mémoire, il n'y a peut-être que cela à retenir : cette présence immédiate et
sonore qui fait de l'oeuvre de Marot, par-delà les quelques traces écrites qui
nous en sont parvenues, une création essentiellement orale. Oralité féconde dont
témoignent dès l'origine les rimes évoquées, senées ou batelées qui structurent
maintes pièces de l'Adolescence et dont on aurait tort de dénoncer l'archaïsme
voyant ; oralité d'une voix qui affirme progressivement au fil des Épîtres le
ton personnel d'une confidence élégiaque ou d'un appel, depuis l'héroïde de la
belle Maguelonne à son ami Pierre de Provence jusqu'à la fable dialoguée du Lion
et du Rat adressée à Lion Jamet ; oralité qui éclate enfin dans la polyphonie de
Chansons à rimes annexées ou couronnées - "Régente Gente", "colombelle belle"
(Chanson III) - appelant l'accompagnement du luth et l'entrelacs choral. Plus
tard encore dans la carrière du poète, les parallélismes que file la poésie
lyrique des Psaumes réclament en chaque strophe le déploiement de la langue dans
l'espace vocal du cantique. [...] L'originalité de Marot par rapport à ses
prédécesseurs ne procède ni d'une rupture ni d'une révolte libératrice, mais, de
manière plus insensible et plus humble, de l'adaptation d'un langage cérémoniel
et codé aux inflexions personnelles d'un chant ou d'une conversation." Frank
Lestringant.